Le dernier repas

Nous voici donc tous attablés pour un dernier repas. Dernier parce que demain je prends l’avion pour Montréal. Je regarde autours de la table, nous sommes bien une quinzaine, étudiants étrangers, quelques amis Hongkongais et ma copine toujours souriante.

Ce sera un festin pour mon dernier souper. J’ai choisi un restaurant très typique Hong Kong, situé à deux pas des résidences. C’est laid, c’est sale. Très sale. On est à des années-lumière des standards de salubrité occidentales. Mais peu importe, c’est bon et pas cher. Vraiment pas cher, ce qui est un facteur primordial pour une gang d’étudiants complètement cassés après un an à l’étranger.

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Ma blonde aux yeux bridés

Son nom chinois est Cheuang A Ni mais tout le monde l’appelle Iris. Elle s’appelait Winnie avant mais elle me dit en riant que trop de filles obèses s’appellent Winnie alors elle a préféré changer son nom pour Iris. Ah bon! Et pourquoi Iris? Parce que c’est le nom d’une jolie fleur et ça sonne plutôt bien.

Une majorité de jeunes Hongkongais n’ont pas reçu de noms «anglais» à la naissance et s’en choisissent un à l’adolescence. Certains colorés, d’autres originaux. Comme par exemple mon ami Lenus qui a choisit son nom parce que selon ses dires, il est unique.

Ici, on m’appelle simplement Pierre avec un fort accent anglais. J’ai bien essayé de faire prononcer Pierre Olivier à mes amis mais il semble que ce soit du chinois pour ces Chinois! Je me suis même fait demander si j’avais un nom anglais. Just call me Pete.

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Signes d'assimilation corporelle

Je me regardais dans le miroir cette nuit et je ne vous blague pas, les yeux ont commencé à me brider. C’est peut-être aussi un peu du à l’effet des «yeux qu plissent quand t’es à moitié endormi et que t’ouvre la lumière dans le noir». Reste qu’après six mois passé à Hong Kong, je me sens intégré comme un sushi dans de la sauce Teriyaki. Plus concrètement, ça veut dire que je fais cuire mes toasts sur le Wok et que j’ai remplacé le sirop d’érable par la sauce soya. Essayez ça sur vos crêpes le matin, ça vous crispe un sourire pour la journée ça mes amis.

C’est dans les détails les plus insignifiants que je prends conscience des conséquences que peut avoir l’effet prolongé de l’exposition de mon corps à la Chine. Prenons par exemple ma première expérience de coupe de cheveux orientale. Comme tel, les salons de coiffure à Hong Kong ressemblent en tout point à ceux de Montréal. C’est dans le traitement que les choses diffèrent.

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Le sourire de Bounsou

Je me gratte la tête en me demandant ce que je peux bien vous raconter sur ces trois semaines de voyage passées à rouler ma bosse de ville en village, en train, en pirogue ou à dos d’éléphant.

J’ai la tête pleine des gens rencontrés sur la route, des temples à la démesure de l’homme et des jungles bordant les montagnes. Mais les anecdotes de voyage se vivent de façon très personnelle et je ne peux vous en faire un résumé intéressant en quelques paragraphes. Je laisserai donc les quelques photos ajoutées au texte parler d’elles-mêmes.

Comme je me plais souvent à le dire, un pays ou une ville est une coquille vide sans les gens qui l’habitent. J’ai visité des dizaines de temples, pris d’innombrables clichés de Bouddhas dans toutes les positions possibles et imaginables mais, au bout du compte, ce sont mes échanges avec les habitants de la place et les autres voyageurs qui m’ont donné un maigre aperçu de la vie des gens en Thaïlande et au Laos.

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Singdaan faailohk!

Ah bien oui! Je peux vous entendre penser jusqu’à Hong Kong : «Mais comment est-ce que ça se fête un Noël chinois?». Ou bien vous êtes entrain de réveillonner avec votre famille et vos amis et n’avez pas la moindre petite pensée pour moi, ce qui est plutôt rude! Mais maintenant que j’ai capté votre inattention, permettez-moi de disserter sur ce sujet très à propos.

Les Hong-Kongnien (ce n’est pas dans le dictionnaire mais je trouvais que ça sonnait mieux que Hong-Kongnois ou Hong-Kongnite) ne sont pas catholiques en grand nombre. Noël est donc avant tout une fête commerciale. Vous me direz : «Rien de bien neuf, c’est maintenant partout pareil!». Vrai et Faux. Il faut avoir mis pied à Hong Kong pour vraiment saisir le sens de la démesure ici. Les gratte-ciels qui flirtent avec les nuages, les lumières qui rendent la nuit plus claire que le jour et une idéologie capitaliste poussée à l’extrême. Prenez ces ingrédients, faites un mélange et vous obtenez un show grandiloquent où sont réunis tous les clichés de Noël, du Père Noël au p’tit reine au nez rouge en passant par le bonhomme hiver.

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Éducation chinoise

The Hong Kong Polytechnic UniversityAvant de partir pour Hong Kong, j’appréhendais le choc d’étudier dans une université peuplée de chinois compétitifs et assoiffés de succès. C’est bien connu, les chinois sont des boulémiques de travail. Travailler plus pour faire plus d’argent pour mériter une plus grande reconnaissance sociale. Difficile de se démarquer du troupeau dans ce pays de 1,5 milliards d’individus vivant empilés les uns sur les autres (littéralement vu la hauteur des tours d’habitation).

Alors que dans nos sociétés occidentales, nous questionnons plus que jamais l’équation «argent = bonheur», il n’y a aucune remise en question ici. On ne va pas à l’université pour «élargir ses horizons» ou «développer son potentiel» mais bien pour obtenir un diplôme qui garantira un meilleur salaire. C’est la carotte que bien des professeurs agitent pour pousser les étudiants à travailler plus fort.

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Mon coloc, sa famille et moi

Ma chambre aux résidencesLa première fois que je l’ai rencontré, j’ai tout de suite su que nous n’avions rien en commun. Timide, réservé, délicat… Cusson, mon nouveau coloc chinois, avec qui j’allais être pris à partager ma chambre pour l’année me laissait plutôt indifférent. Et c’est dans cette relative indifférence que s’est déroulé notre premier mois de colocation. Nous entretenions une relation polie sans plus.

Quand il m’a demandé si je voulais bien venir souper dans sa famille pour le Mid-Automn Festival, j’ai dû regarder par-dessus mon épaule pour m’assurer que l’invitation s’adressait bien à moi. Je n’avais encore jamais été dans une famille chinoise et je me suis dit que l’expérience pourrait être intéressante. Je n’avais aucun plan pour le congé de toute façon.

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Premières impressions chinoises

Non, c’est déjà mal parti. J’écris «premières impressions chinoises» mais Hong Kong ce n’est pas vraiment la Chine. Enfin oui, la ville est formé à 99% de chinois, mais malgré la rétrocession de la région à la Chine, Hong Kong reste profondément marqué par l’influence britannique. La région de Hong Kong parle un dialecte (le cantonnais) différent du reste de la Chine (le mandarin), possède sa propre monnaie et est gouverné selon le principe «un pays, deux systèmes». Une sorte de société distincte en fait!

Au premier coup d’œil, Hong Kong m’a fait un peu pensé à New York avec ses immenses tours à bureau et ses néons qui éclairent la nuit. Les gens sont pressés et la foule est souvent dense. Mais contrairement à ce que j’appréhendais avant mon départ, on ne se sent jamais vraiment à l’étroit. Les infrastructures sont modernes et pensées en fonction du piéton. Des passerelles et des tunnels sont aménagés un peu partout de façon à se déplacer sans jamais être gêné par le trafic des voitures. J’ai l’impression de vivre dans une ville futuriste où les gratte-ciels se fondent dans les nuages et sont reliés entre eux par une multitude de passerelles. Une immense fourmilière humaine…

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Ridz ou la dualité malaisienne

«Tu sais Pierre Olivier, quand la climatisation ne fonctionne pas, les gens se déshabillent». Ridz et moi sommes assis au dernier rang d’un autobus bondé en direction de la banlieue de Kuala Lumpur. Assis devant nous se trouvent des femmes musulmanes voilées, des chinois, quelques indiens. Je me tourne vers Ridz d’un air ébahi. «Vraiment?». En guise de réponse, il éclate de rire et m’envoie un coup de coude dans les côtes. Ridz est encore entrain de se foutre de ma gueule de touriste occidental crédule.

Chez le cousin de RidzJ’ai rencontré Ridz dans le grand parc de la ville une heure plus tôt. Il étudie à Kuala Lumpur et vit avec son oncle et sa tante. Nous avons discuté de tout et de rien en marchant dans le parc et voilà maintenant qu’il m’invite à souper et à passer la nuit dans sa famille. Cela fait deux jours que je suis seul et j’ai bien envie de le suivre. Mon sixième sens de touriste averti m’indique que Ridz ne doit pas être bien dangereux. Reste que je suis au bout du monde et que s’il décidait de me couper en rondelles pour me donner en pâture à ses lézards, personne ne retrouverait ma trace. Je lui fais part de mes inquiétudes. Il me répond qu’il n’a que des poissons. Je me sens rassuré.

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Jogging à Hyde Park

Pendant les huit prochains mois, j’étudierai à la Hong Kong Polytechnic University dans le cadre d’un échange étudiant. Je complèterai ma troisième année en Génie Logiciel. Ce courriel est le premier d’une série (que j’espère ponctuelle!) où je vous conterai en mots et en images mon expérience chinoise. Par l’entremise de récits et d’anecdotes, je tenterai de vous faire découvrir pays un pays encore méconnu aux traditions millénaires.J’ai d’abord effectué un premier arrêt d’une semaine à Londres où j’ai visité des amis et j’en ferai un deuxième à Kuala Lumpur en Malaisie. Dans ce premier courriel, je vous raconte mon séjour à Londres.

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9h45. Je me prépare à partir pour mon jogging matinal. Le soleil perce difficilement la grisaille d’un ciel chargé et menaçant. Le temps est souvent incertain à Londres mais il pleut moins qu’on le raconte. Tout juste une petite averse journalière. Je dévale les marches du perron de l’appartement de Earl’s Court que louent mes amis Jonathan et François pour l’été. Direction Hyde Park.

House of ParliamentsLes parcs sont une facette de Londres qui est moins connu des visiteurs. Quand on entend parler de la ville, c’est souvent en référence à des symboles comme les autobus rouges à deux étages, le Buckingham Palace, Big Ben mais on mentionne rarement l’abondance de grands parcs au centre même de la ville. En fait, Londres compte 1700 espaces verts, soit plus de 3000 ha de verdure. Aucune autre ville ne possède autant de parcs. Le paradis du jogger!

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